Le passeur

Soumis par HashtagCeline le mar 14/07/2020 - 18:05

“Le vieil homme hocha la tête. Il avait l’air vidé et un peu triste.
-Monsieur ? demanda Jonas timidement.
-Oui? Tu as une question à poser?
-C’est juste que je ne connais pas votre nom. Je pensais que vous étiez le dépositaire. Je ne sais donc pas comment vous appeler.
L’homme s’était rassis dans le fauteuil rembourré. Il remua les épaules comme pour se débarrasser d’une sensation douloureuse. Il avait l’air affreusement las.
-Appelle-moi le passeur, dit-il à Jonas.”

#LoisLowry

J'ai eu l'occasion de lire déjà quelques livres de Lois Lowry : Les Willoughby et Compte les étoiles très récemment mais aussi Anastasia Spoutnik et Le bal d’anniversaire il y a un peu plus longtemps.
Je n’avais jamais vraiment eu envie de lire Le passeur, roman phare de l’autrice. J’avais vu le film et à vrai dire, ça m'avait coupé le peu d'envie qui me restait de le faire.

Mais après mon coup de coeur pour Les Willoughby, j’ai changé d'avis d'autant plus que j'avais reçu la splendide version "collector" dans le cadre de mon expérience de "Passeuse" à l’école des loisirs.
Je comprends enfin pourquoi ce roman est devenu une référence, un classique.

C'est une merveille. 

#QuatrièmeDeCouv'

"Voir au-delà d'un monde parfait"

"Dans le monde où vit Jonas, la guerre, la pauvreté, le chômage, le divorce n’existent pas. Les inégalités n’existent pas. La désobéissance et la révolte n’existent pas. L’harmonie règne dans les cellules familiales constituées avec soin par le comité des sages. Les personnes trop âgées, ainsi que les nouveau-nés inaptes sont « élargis », personne ne sait exactement ce que cela veut dire. Dans la communauté, une seule personne détient véritablement le savoir. Elle seule sait comment était le monde quand il y avait encore des animaux, quand l’oeil humain pouvait voir les couleurs, quand les gens tombaient amoureux. Lorsque Jonas aura douze ans, il se verra attribuer, comme tous les enfants de son âge, sa future fonction dans la communauté. Jonas ne sait pas encore qu’il est unique…"

#RetourAuxSources

J’avais encore un peu en tête le film qui ne m’a pas laissé un souvenir extraordinaire. L'adaptation cinématographique est sortie à une époque où les films dystopiques envahissaient alors les écrans et les livres du même genre, les rayons des librairies… Après Hunger Games, avaient suivi Le Labyrinthe, Divergente mais aussi cette fameuse adaptation du Passeur, The Giver ... Et tout ça en 2014 !

Et je crois que, de fait, tout cela s’était mélangé dans ma mémoire en une grosse bouillie informe.

Lire Le Passeur a été comme un électrochoc, une révélation.Quel texte magnifique !

 Après avoir beaucoup ri dans Les Willoughby, je savais que je ne trouverais pas le même ton dans Le Passeur. Et clairement, Lois Lowry sait aussi bien entourer ses récits d’humour caustique que de réflexions profondes voire philosophiques.

Au delà de l’histoire qui est très belle, très forte et qui offre de nombreuses pistes de questionnements, ce que j’ai aimé dans ce texte, c’est qu’il n’y a pas de méchants ou de gentils. C’est ainsi que je l’ai ressenti. Il n’y a que, le conditionnement, l’ignorance et l’oubli.
Et ces trois choses vont nous apparaître dans toute leur énormité en même temps que Jonas, le héros, qui absorbe les souvenirs transmis progressivement par le passeur.
Jonas vit dans un monde qui, contrairement  à d’autres dystopies, n’est pas complètement mauvais. Il est comme ça. Il est le résultat d’erreurs, de souffrances et de malheurs qu’on a voulu gommer. Je ne dis pas que ce monde est juste ou normal mais l’autrice nous donne des pistes d’explication pour comprendre comment Jonas et les siens en sont arrivés à cet extrême. C’est ainsi que je l’ai compris. Même si je ne voudrais pas d’un tel monde !

Je trouve que Lois Lowry a su montrer la complexité de cette société qui a préféré éliminer toute trace de douleur, de malheur, de différence et de choix individuel… plutôt que d’affronter la réalité, prise dans un engrenage impossible à arrêter. Cela semble très réaliste et c'est aussi pour ça que c'est aussi fort.

“Le passeur haussa les épaules.
-Nous avons fait ce choix, le choix d’en venir à l’Identique. Avant moi, avant la génération précédente, avant celle d’avant et ainsi de suite. Nous avons abandonné la couleur quand nous avons abandonné le soleil et supprimé les différences. 
Il réfléchit un moment. 
-Nous avons conquis le contrôle de beaucoup de choses. Mais nous avons dû en abandonner d’autres.”

Heureusement, il y a aussi de l'espoir. Et même si tout semble jouer, alors même que le passeur semble s'être résigné, Lois Lowry nous prouve qu'une porte de sortie, sur la liberté de penser, sur une prise de conscience, sur un changement n’est pas complètement fermée. Et si c’est le cas, Jonas en a la clé.

Ce dernier m’a beaucoup ému. Sa force et sa maturité m’ont vraiment bouleversée. La charge qui lui tombe sur les épaules est très lourde. Mais il l’accepte. Il n’a pas le choix certes mais malgré tout, il est très courageux. Il aurait pu abandonner, comme d'autres avant lui.
Sa relation avec le passeur est touchante tout comme celle qu'il va nouer avec Gabriel, ce nouveau-né que son père (je ne vous en parle pas plus de son père mais bon, bref, vous verrez) a ramené à la maison. Ces deux personnages vont être les seuls à accompagner Jonas car bien vite, le jeune garçon va se retrouver complètement en marge du reste de sa communauté. 

Ce roman se lit avec une grande facilité alors qu'au final, il est tout en complexité. Lois Lowry nous y plonge rapidement et on s’imagine aisément la vie de Jonas et le monde dans lequel il évolue.

Les passages où le passeur insuffle les souvenirs, bons ou mauvais, à Jonas sont très bien décrits : émouvants comme peuvent l’être les choses simples, la chaleur du soleil, la sensation de la neige sur la peau ou bien terribles comme ceux de la guerre, la douleur d'une blessure… L’autrice nous fait prendre conscience, à travers tous ces moments de partage, de la beauté de notre monde mais aussi de ses horreurs. Grâce aux ressentis de Jonas, elle nous amène à y réfléchir de façon très intelligente et subtile.

C'est beau.

Cette histoire a une suite. Pour ma part, cela ne m'a pas gênée de m’arrêter là. Bien au contraire. Dans le dénouement, chacun peut finalement y voir ce qu’il a envie, imaginer ce qu'il veut.
L’espoir (ou non) d’un monde meilleur, d’un monde sans oubli, avec cette souffrance indissociable du bonheur pour apprécier la vie.

Un roman à lire absolument qui invite à ouvrir les yeux et à ne pas oublier !

#PourQui?

Pour ceux et celles qui aiment les dystopies (ce titre est une des premières)
Pour ceux et celles qui aiment les héros courageux.
Pour ceux et celles qui ont la mémoire courte…
Pour tous et toutes à partir de 12-13 ans.

 

Coup de cœur !
Auteur
Collection
Public
Date de sortie
Nombre de pages
286
Prix
9.80 €
Langue
Français

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